Il aime son papa ET sa maman Vers la LISTE DU COEUR SOS PAPA et MAMAN SOS PAPA National cliquer pour voir nos coordonnées Elle aime son papa ET sa maman

Michel Thizon, Créateur de SOS PAPA, vient d’être nommé au grade de chevalier dans l’ordre national de la légion d’honneur

Vous avez pu le remarquer, sur la couverture de ce numéro de notre magazine : le créateur de SOS PAPA, notre « père spirituel » a reçu, des mains de notre Marraine, Madame Evelyne Sullerot, la Médaille de la Légion d’Honneur.

tout cela nous va droit au cœur.
Nous félicitons, nous aussi, Michel Thizon pour toutes ces actions en faveur de la coparentalité, du lien père-enfant.
Et nous le remercions pour nous avoir ouvert la voie … et, probablement, de nous avoir donné le courage de dire non à la fatalité des « errements » de notre Justice Familiale.
Mais je ne prendrai pas le risque de « faire un discours » sur cet évènement. Je me contenterai de reproduire celui de quelqu’un d’infiniment plus compétent, notre Marraine, Madame Evelyne Sullerot, .. et la réponse du très méritant « récipiendaire » Michel Thizon
Alain Cazenave

Extraits du discours prononcé par Evelyne Sullerot lorsqu’elle a remis les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur à Michel Thizon, fondateur de SOS Papa, le 9 novembre 2007.
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Cette cérémonie symbolique, plus que votre personne, honore donc votre action, honore l’association que vous avez fondée, qui continue et continuera, après vous, votre action en faveur de la paternité responsable et agissante, en faveur du respect de la fonction éducative du père, en faveur d’une co-parentalité équitable qui est tout bénéfice pour l’enfant, et donc bénéficie à la société tout entière. Relever et défendre la paternité, c’est un objectif que Napoléon aurait certainement approuvé. Nul doute que l’Empereur, fondateur en 1802 de l’Ordre de la Légion d’Honneur et auteur en 1804 du très patriarcal Code civil, eût été atterré de constater l’abaissement du rôle du père dans nos familles décomposées et qu’il vous eût honoré d’enthousiasme. Tandis qu’il  a dû se retourner dans sa tombe quand j’ai moi-même reçu les insignes de la Légion d’Honneur des mains d’une femme ministre pour “services rendus aux femmes”...

Puisque cette cérémonie est, disais-je, avant tout symbolique, attardons-nous un instant sur le symbole que représente aujourd’hui notre duo. Vous, Michel THIZON, jeune et dynamique grand-père qui avez consacré tant d’intelligence, de temps et d’énergie pour dénoncer les tribunaux qui, immanquablement, favorisaient les femmes mères et, injustement, séparaient sévèrement un père aimant et méritant de ses enfants, vous, Michel THIZON, avez choisi pour marraine dans la Légion d’Honneur la vieille arrière-grand-mère que je suis, connue pour avoir en son temps lutté contre une législation inepte qui interdisait aux femmes la maîtrise de leur propre fécondité en leur interdisant toute contraception ; connue pour avoir fondé le MFPF (Mouvement français pour le planning familial) et donc fait des femmes des décideuses en matière de procréation et des mères toutes puissantes! Notre duo n’est-il pas paradoxal ?


Eh bien ! non, nul paradoxe : il y a alliance et non opposition entre nos actions respectives, et même j’estime que la vôtre est la continuité et le complément de la mienne et j’en ai toujours conçu, pour vous, amitié et estime.


Je me rappelle la première fois que je vous ai vu, il y a plus de quinze ans. Vous êtes venu chez moi, plein d’anxiété. Vous interrogiez la sociologue que j’étais : pouvais-je vous expliquer les aberrations des jugements de divorces avec enfants que vous découvriez avec stupéfaction, après que vous-même ayez été victime douloureuse de la plus incompréhensible des injustices? Je venais de terminer alors mon livre Quels pères ? Quels fils ?  qui était un cri d’alarme devant la crise de la paternité, et vous en aviez annoté de nombreuses pages. A l’époque, un féminisme idéologique simpliste avait gagné les médias et la grande opinion. On ne pouvait imaginer les femmes autrement qu’en victimes qu’il fallait aider à s’émanciper et même à se venger. A se venger de ce que les hommes des générations précédentes avaient fait à leurs grands-mères et mères. Bien oubliée alors la Simone de Beauvoir de 1949 qui, assez stupidement, ne voyait dans la maternité qu’un handicap et une charge pour les femmes. Au long des années 1980, les femmes ont bien plus justement considéré la maternité comme un pouvoir, qu’elles ont géré avec la complicité des juges (majoritairement femmes) et des psychologues (majoritairement femmes). On les posait alors et elles se posaient en Premier sexe parental.. Le Deuxième sexe parental, c’étaient les pères, tenus pour négligeables, voire interchangeables par certaines, et facilement écartés au prétexte d’incapacité éducative, ou de machisme. Lorsque je vous ai connu, comme vous je prévoyais les dommages pour les enfants innocents. A chaque rupture de couple, on pensait devoir casser leur famille, les couper, à moitié ou tout à fait, d’un de leurs parents - le père.

Notre duo, aujourd’hui, est un symbole de concorde et de souci de l’intérêt général. L’un et l’autre, en notre temps, nous nous sommes battus contre des lois et des pratiques judiciaires, - moi pour les femmes, vous pour les hommes - mais jamais nous n’avons voulu dresser les femmes contre les hommes, les hommes contre les femmes, bien au contraire. Notre but ultime a toujours été l’intérêt et le bonheur des enfants, la juste reconnaissance de la responsabilité éducative des mères et des pères, même dans les familles séparées par le divorce. J’ai fondé le planning en 1955 et la loi n’a légalisé la contraception féminine qu’en 1967 : douze ans de luttes. Vous avez fondé SOS Papa en 1990 et la loi n’a confié l’autorité parentale aux deux parents même séparés qu’en 2002 : douze ans de luttes. Et encore, l’un et l’autre nous avons appris que le verrou législatif levé, rien n’est encore acquis, et qu’il faut encore lutter pour que les pratiques deviennent justes et harmonieuses.

Si cette décoration vient surtout honorer votre action, cela ne me dispense pas de la plaisante obligation d’éclairer vos amis ici présents sur votre personnalité et votre parcours de vie. Qui est Michel THIZON qui a eu le courage, l’imagination, la force de caractère et la constance nécessaires pour dépasser son cas personnel, et fonder, et diriger une association qui a rendu service à tant de pères et d’enfants ? Les épreuves qui l’ont frappé dans sa vie privée en auraient abattu plus d’un. Et puis, il était seul, sans soutiens puissants, incompris des autorités et de l’opinion du moment. Et puis il a souvent été jalousé, méchamment critiqué et lâché par d’autres pères blessés qui avaient créé une association concurrente ou voulaient prendre le pouvoir dans la sienne...

Michel THIZON est un homme de l’Ouest, qui connaît ses racines familiales tant bretonnes que poitevines : parents, grands-parents, aïeux.

Mémoire bien française : il a toujours su que son grand-père avait été tué à Verdun, que sa grand-mère avait une dizaine de frères et sœurs nichés dans les Deux-Sèvres, etc. Il considère que c’est important pour un enfant de savoir d’où il vient, de n’avoir pas de problèmes d’identité. Ainsi, il a connu toute son enfance, et beaucoup aimé un “beau-grand-père” qui avait épousé sa grand-mère très jeune veuve, bien avant sa naissance. Il savait que ce grand-père n’était pas son aïeul, il n’y avait pas de secret. ni de flou, cela n’empêchait nullement l’affection. Aussi, aujourd’hui, Michel THIZON échappe-t-il à l’hystérie anti-ADN qui s’est emparée de la France. Parce qu’il a une forte culture scientifique, il sait bien qu’on ne pourra nier, indéfiniment, la part de la filiation génétique dans le tempérament et les potentialités d’un enfant, et qu’on ne pourra, indéfiniment, réserver aux seuls magistrats le maniement d’une découverte aussi considérable que celle de l’ADN, signature indéniable d’identité et de filiation. Parce qu’il a aidé beaucoup d’hommes en crise, il sait bien qu’on ne pourra, indéfiniment, les empêcher de chercher librement la vérité sur leur paternité. Et qu’il faudra bien aussi reconnaître aux enfants qui réclament la vérité sur leurs origines le droit de les rechercher et de les établir une fois adultes. Un jour, inéluctablement, on traitera ces problèmes calmement, et ce sera un progrès important pour les familles, spécialement pour les pères, et un progrès irréversible. Michel THIZON, lui, connaît bien ses racines et a des souvenirs heureux des vacances chez les grands-parents, la pêche au gardon, les moissons et la batteuse dans la ferme à côté, les poules et les lapins dans le jardin, la crémaillère dans la cheminée.

Aîné de cinq enfants, Michel avait une mère brillante, professeur de lettres à Nantes, qui avait été reçue major à l’ENSET. Il avoue l’avoir “mise sur un piédestal”, ce sont ses mots. Elle est morte quand il avait 24 ans. Il n’a donc aucun compte à régler avec les mères. C’est plutôt à son père, sur un fond de bonne affection, qu’il va s’opposer quand, après une scolarité primaire exemplaire, il va, vers 11-12 ans s’interroger sur le sens de la vie, se dissiper et devenir un tel cancre que ses parents ne voient qu’une solution : le faire passer de l’enseignement général à l’enseignement technique, et le mettre pensionnaire. Il se retrouve, de 14 à 18 ans, interne dans une école nationale professionnelle de chimie à Rouen. Il juge, a posteriori, que le remède fut positif : il fit avec profit l’apprentissage de la vie en collectivité (cela le servira pour la vie associative) et il s’intéressa enfin à son travail. Il prit goût aux sciences, passa ensuite un concours et décrocha, à 19 ans, un BTS de chimie, avec lequel Il trouva aisément un emploi dans la pétrochimie. Mais il a envie d’aller plus loin et, lorsque, jeune marié, il vient travailler à Paris au labo ANTAR, il se lance dans un éprouvant marathon : après le boulot, les cours du soir du CNAM, et cela pendant HUIT longues années, jusqu’au diplôme d’ingénieur en Chimie industrielle, obtenu à 33 ans, alors qu’il est déjà père de deux filles. A force de travail et de persévérance, il a rattrapé l’accroc fait dans son cursus à la  préadolescence! Ingénieur, il fait sa thèse en travaillant dans un laboratoire de l’Ecole Polytechnique ... sans avoir passé son baccalauréat ! Le voilà ingénieur en chef, qui fait des missions ( Algérie, Brésil, Congo Brazzaville, etc..) de transferts de technologie, organisation, développement des ressources humaines.

Marié jeune, il a deux filles. Voilà ce qu’il écrit de la paternité : “l’enfant conçu de façon volontaire et maîtrisée est le prolongement de soi-même par la moitié d’ADN qu’on lui a donnée, - donc de son identité intime intangible - par la transmission de sa culture, par l’affection profonde qu’on lui porte. L’enfant est une réponse partielle à l’angoissante question : Où vais-je ? Quel est mon devenir ? L’enfant est la résultante, miracle de la vie, concrète et égalitaire de son père et de sa mère qui sont unis en lui à l’infini.”

(Puis vint, pour Michel THIZON, le temps des épreuves, la mort de sa femme, un remariage, un terrible divorce qu’il gagne de haute lutte, mais cependant, contre toute justice, le sépare de sa dernière fille.)

Il est tellement scandalisé, autant que blessé, qu’il va se lancer dans une vraie enquête sur la justice matrimoniale. Il fouille les archives, réunit toutes les données du ministère de la Justice et il découvre, derrière son drame personnel, un énorme système bancal qui, à chaque séparation de couple ou presque (et elles se multiplient alors), croit devoir démolir la famille et éloigner, systématiquement ou presque le père, en lui laissant, au mieux, une paternité croupion à temps très limité.

En 1990, il fonde l’association SOS PAPA. L’année suivante, il lance sa revue, qui existe toujours. Il reçoit des pères, fait des manifestations, prend des contacts à l’étranger, se tient étroitement en liaison avec les élus, le ministère de la Justice, les avocats, les psychologues et sociologues : tout cela lui prend tellement de temps qu’il décide de ne plus travailler dans une grande entreprise privée, et il crée, en 1993, sa propre SARL THIZON CONSULTANTS. Un tiers de son temps va à la vie associative.

Je veux, ici, souligner certains traits spécifiques de la réaction de Michel THIZON au désastre intime qui le prive de sa dernière fille.

- D’abord, il ne va pas s’user en s’enfermant dans l’absurdité désespérante de son propre cas, mais il va élargir le cercle, accueillir ses frères en infortune, tous ces pères sanctionnés injustement dans leur amour paternel dont personne ne semble prendre au sérieux la douleur. Il écrit : “Pour défendre son propre enfant, les droits de son père, il n’y a d’autre voie que de défendre tous les enfants victimes de   ces situations de déchirement, et les droits de tous les pères qui souffrent. Le combat est titanesque. Il faut soulever les pères”.

- Ensuite, il va se plonger dans l’étude du chaos familio-judiciaire avec son esprit scientifique méthodique. Il va compter, faire des statistiques, établir des rapports, dessiner des courbes éloquentes, démontrer l’arbitraire des jugements qui n’obéissent à aucune logique. Je me rappelle sa carte de France des juges aux affaires matrimoniales : à chaque tribunal, à chaque juge il attribuait un coefficient selon la sévérité anti-pères de ses décisions, et les écarts entre ces coefficients étaient énormes ! Manière de Guide Michelin pour les pères justiciables : n’allez pas divorcer à tel tribunal, vous serez saqué quel que soit votre dossier, préférez tel juge trois étoiles pour lequel les pères ne sont pas des malfaisants par nature mais des êtres humains...

- En même temps, en décidant de fonder SOS PAPA. Il analyse la situation : les pouvoirs exécutif et législatif sont passifs, pas de relais du côté du Parlement ; le pouvoir judiciaire est hostile ; reste le pouvoir médiatique. Il faut COM-MU-NI-QUER. A ses yeux, c’est l’urgence absolue. A la fois sensibiliser une opinion ignorante qui ne sait pas que ce sont les femmes qui initient les divorces car elles sont sûres d’avoir les enfants, une opinion qui plaint les pauvres mères séparées “qui élèvent seules leurs enfants”, une opinion sans indulgence pour les pères séparés, - ils doivent s’être mal conduits - , etc.. Il faut convaincre les journalistes, lesquels n’ont pas très envie de faire des reportages à contre-courant. Alors il organise des manifestations, on voit ses autocollants partout, il multiplie les interventions, les dîners de supporters, les conférences, les interviews, etc.. On n’entend, on ne voit que SOS PAPA (et il faut bien dire que les autres associations concurrentes lui en ont beaucoup voulu, de ce tapage, et l’ont beaucoup critiqué, par dépit ou jalousie...)

- Autre trait : ce scientifique entre tout de suite en contact avec des sociologues (dont moi-même) car il a compris que la société, en pleine mutation culturelle depuis 1968, n’est pas consciente des lendemains qu’elle se prépare en laissant se déliter la famille, en laissant des générations d’enfants pousser sans pères. A l’époque, Elisabeth BADINTER, première manière, et Antoinette FOUQUES, des Editions des femmes, occupent le terrain et expliquent à la télévision que l’éducation monoparentale est parfaite.

- Enfin, dernier trait distinctif de son action, pendant ses longues années de lutte, Michel THIZON met en avant l’enfant, l’intérêt de l’enfant, bien loin devant les droits du père. A l’époque - les années 1990 -  alors qu’existent des associations dont l’intitulé insiste sur la révolte des pères et la condition masculine, SOS PAPA sonne comme un appel d’enfant, un cri de détresse poussé par l’enfant séparé de son père. Bien sûr, Michel THIZON pensait à sa petite fille.

Pendant ses treize années de présidence de SOS PAPA, Michel THIZON a reçu et conseillé environ 5 000 pères. Si ce fut une des tâches les plus usantes de son activité, ce ne fut pas toujours la plus gratifiante. Certes de nombreux pères lui ont été reconnaissants et ont compris qu’il fallait conduire tous ensembles une action coordonnée en constants rapports avec les pouvoirs publics, - c’est ce que font actuellement les membres du bureau de SOS PAPA sous la présidence active et responsable d’Alain CAZENAVE. Mais il faut bien reconnaître que de nombreux pères arrivés comme des écorchés vifs à SOS PAPA n’ont pas toujours accepté que l’association ne les fasse pas gagner magiquement en justice à tous les coups, et se sont montrés impatients, voire ingrats, tandis que d’autres, qui avaient été bien conseillés, ont disparu dans la nature sitôt leur problème résolu. SOS PAPA, certaines années, engrangeait plus de 1.000 nouveaux adhérents, mais bien peu renouvelaient leur adhésion après les services rendus.

C’est curieux, mais les hommes ont relativement peu aidé Michel THIZON, et ce sont plutôt des femmes, mères de famille, qui ont approuvé et partagé son désir de réintroduire le père dans l’éducation des enfants du divorce. Je pense à Denise CACHEUX, députée socialiste, rapporteur de la loi de 1993. Je pense à Annie DUPEREY, comédienne charmante et mère attentionnée qui avait trouvé, lors de son propre divorce, qu’on ne laissait rien à son ex et que ce n’était pas bon du tout pour leurs enfants. Je pense à toutes ces talentueuses avocates que j’ai vu soutenir SOS PAPA.

Je pense bien sûr à Ségolène ROYAL qui a lutté jusqu’au bout quand elle était ministre de la Famille pour faire adopter in extremis  par le Sénat la loi du 4 mars 2002, laquelle modifie profondément l’assise de la famille en considérant comme la norme que l’exercice de l’autorité parentale (base de la responsabilité éducative) soit attribué aux deux parents, la mère et le père, qu’ils soient mariés ou non, qu’ils soient unis ou séparés.

Je pense enfin à Valérie PECRESSE, actuelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, tout à fait sur la même ligne, je peux en témoigner, qui a eu la très excellente idée de décerner la Légion d’Honneur au fondateur de SOS PAPA. C’est avec joie et émotion que je vais obéir à son vœu et procéder à la décoration de Michel THIZON.

Le DISCOURS de MICHEL THIZON

D’abord merci, Madame Sullerot, pour le portrait élogieux que vous venez de dessiner.
J’espère lui ressembler un peu, le mériter au moins pour une partie.
Et Merci, Monsieur le Maire, de votre accueil dans ce magnifique salon d’honneur,
***************
Mesdames et Messieurs les Présidents d’Associations,
Monsieur le Président de SOS PAPA,
Mesdames et Messieurs les Avocats,
Chers Amis,
Chère Stéphanie et chère Marine,      Chère Mathilde et chère Alice
Merci à tous d’être venus me soutenir aujourd’hui.
- - - - - - - - - - - - -
Chère Evelyne Sullerot, si je vous ai choisie comme marraine, - et je vous remercie de tout cœur d’avoir accepté -, c’est d’abord car j’aspirais à être décoré par une femme. Une femme exemplaire qui plus est.

Toutes les phases de ma vie ont d’ailleurs été marquées par des femmes, depuis ma naissance jusqu’aux jugements de divorce…

Vous êtes un peu pour moi comme une mère spirituelle, à moins que ce ne soit une grande soeur spirituelle car depuis 16 ans que nous nous connaissons, vous avez su à maintes reprises, m’encourager dans mes travaux, me conforter dans la voie que je suivais, me guider dans mes réflexions par votre vision pénétrante de la société française.

Cette décoration dont vous venez de me remettre les insignes, et qui est censée correspondre à quelque mérite, j’aimerais la dédier en tout premier lieu à mes filles, mais également aux 25.000 à 30.000 enfants de ces pères, très souvent malheureux, qui ont été en 16 ans adhérents actifs de SOS PAPA, pour défendre leur amour paternel et l’amour filial en général.

- Cet honneur, je dois le partager, bien évidemment, avec les très nombreux bénévoles qui m’ont accompagné et aidé durant toutes ces années.

- Le mérite est une notion bien relative : la parabole des talents dit que quand on a beaucoup reçu, on a moins de mérite que d’autres à ce que l’on accomplit.

Or, j’ai certainement été gâté, d’abord en recevant de mes parents, par leur ADN et par leur éducation, le caractère qu’il fallait sans doute avoir, pour faire ce que j’ai fait,
et aussi par l’amour de mes filles, qui naturellement décuplait ma volonté et mes forces combatives, tant il est vrai qu’on ne combat jamais pour soi-même.

Vous savez que, il y a une vingtaine d’années, j’ai connu des vicissitudes familiales, quelques semaines après la naissance de ma dernière fille issue d’un remariage lui-même assez bref.

J’ai été rapidement stupéfait de découvrir que dans une situation douloureuse de rupture, de divorce, au lieu que les acteurs fort nombreux, judiciaires ou non, qui gravitaient autour de la situation, apportent réconfort, intelligence, modération et conciliation, -- ils apportaient aveuglement, bêtise ou bien jetaient de l’huile sur le feu.
-- On comprend mieux que depuis 40 ans, 60 % des divorces soient conflictuels.
- J’ai même été scandalisé que ce soit à celui des parents qui était condamné aux torts exclusifs qu’on attribuait la garde et l’exercice unique de l’autorité parentale.
- Scandalisé qu’il faille se battre à grands frais pour arracher l’assurance d’un droit de visite très modeste et bien peu garanti par les autorités policières ou judiciaires.
- Très étonné qu’il n’existe aucun barème pour la pension alimentaire.

Ainsi, pour moi, le système socio-judiciaire apparaissait non seulement stupide et destructeur, cruel souvent, mais il était en plus immoral et capable d’entériner un enlèvement d’enfant, de légitimer des mécanismes de répudiation.
J’ai voulu comprendre pour agir et j’ai plongé à la recherche des rares études et statistiques que l’ont pouvait trouver dans divers instituts, et même dans des données inexploitées auparavant du ministère de la Justice.

J’ai découvert ainsi, par exemple :
- Que, sur plus de Deux Millions d’enfants de familles disloquées, un tiers seulement voyaient régulièrement leur père.
- Que, pendant que de rares tribunaux accordaient à plus de 80 % l’exercice en commun de l’autorité parentale aux parents, d’autres, bien plus nombreux, l’accordaient à moins de 10 % des parents jugés chez eux.
- Qu’aucune médiation familiale automatique n’existait  quand il y a des enfants.
- Que l’intérêt supérieur de l’enfant lui-même, au nom duquel tout se dit, n’était défini dans aucun texte législatif français – et ne l’est d’ailleurs toujours pas – laissant libre cours à toutes sortes d’interprétations parfois fantaisistes ou partisanes et d’abus.

Tout ceci me semblait effrayant, pire que ce que j’avais pressenti.

Y compris pour ma propre fille, Il fallait absolument réagir dans cette société... apparemment partie à la dérive et dans laquelle les conséquences sociales commençaient à se faire cruellement sentir en terme : d’instrumentalisation de l’enfant, de mal-être des jeunes, de délinquance infantile, de drogues chez les jeunes. De suicides d’enfants qui avaient triplé dans le même temps que le divorce triplait.

L’Association SOS PAPA que j’ai présidée pendant 13 ans a tenté ce travail, à contre-courant de certaines idéologies bien installées et dont quelques effets pervers jettent un doute réel sur la qualité de la société dont vont hériter nos enfants.
Des résultats notables et des évolutions significatives ont été obtenus, notamment en matière d’information et d’influence des responsables de la Nation, des grands Média, de sensibilisation du public, et au niveau des lois traitant du droit de la famille.
Egalement en matière d’aide et de conseil directs de milliers de parents sur le terrain.

Mais il reste encore beaucoup à faire et notamment à mieux faire passer dans les pratiques concrètes de nouveaux principes familiaux, que ce soit dans les tribunaux, les services sociaux, les administrations. Dans les comportements de tous les jours.

Cette évolution, nécessaire est en définitive culturelle, donc lente et difficile.
Les sociologues définissent volontiers la société en termes de sphère privée et de sphère publique.

Dans la sphère publique, c’est l’amour du pouvoir qui semble dominer. Les efforts faits pour atteindre la parité en politique semblent se heurter encore à des relents de machisme. Le taux des femmes élues au parlement était encore en France en début d’année 2007 au même niveau que dans l’Afrique subsaharienne. C'est-à-dire 11%.

Nos politiques hommes lâchent apparemment difficilement le pouvoir et admettraient semble-t-il avec réticence que les femmes puissent gouverner aussi bien qu’eux.

Au sein de la famille, qui occupe la sphère privée, ce n’est pas « l’amour du pouvoir » qui devrait s’exercer mais le « pouvoir de l’amour ». Pourtant, des relents forts de maternisme semblent s’imposer puisque selon les derniers chiffres connus, moins de 11 % également des enfants de familles dissociées résident chez le père ; et en général parce qu’ils sont assez âgés pour imposer ce choix.

Les mères lâchent apparemment difficilement la responsabilité des enfants aux pères et admettraient semble-t-il avec réticence que les pères puissent aimer et éduquer les enfants aussi bien qu’elles.   

Pourtant,… qui a entendu parler de problèmes avec les veufs qui élèvent leurs enfants ?

Si le pouvoir politique doit être partagé entre les hommes et les femmes pour être réellement démocratique, il n’y aura pas non plus de vraie démocratie familiale, il n’y aura jamais de vraie égalité des sexes sans une incitation forte au partage équitable des responsabilités et des rôles des pères et des mères dans la famille.
Et ceci, quand la famille est unie, mais encore plus quand elle est dissociée.

La préservation équitable et la stabilité des liens affectifs de l’enfant avec chacun de ses parents doit ainsi devenir la priorité.
L’éducation alternée par exemple, pendant toute l’enfance, est une voie juste et intéressante, que celle-ci s’applique d’ailleurs à la semaine, au mois ou à l’année, suivant les possibilités pratiques et en fonction de l’âge de l’enfant et de son caractère
- Equilibrer à la fois dans la sphère publique et dans la sphère privée les pouvoirs_et les responsabilités entre hommes et femmes, pour obtenir une société moderne juste et équitable, est pour moi l’objectif politique le plus digne d’effort.  
Et ceci, pour parvenir à un niveau j’espère plus proche des 50 % que des taux actuels.
-- Certains me feront sans doute remarquer que dans quelques secteurs, comme l’enseignement primaire ou la justice familiale, le problème des taux est inversé.
C’est vrai, ils n’ont pas tort. Il faudra peut-être y prêter attention un jour.

Si nous poursuivons dans l’avenir notre combat pour la famille, nous allons encore tomber sur des oppositions, sur des idéologies, voire sur des sectarismes parfois.

Mais quand plus tard, nos enfants jugeront nos actions et notre rôle dans la société que nous leur remettrons en héritage, diront-ils en parlant de nous :
 « Pourquoi n’ont-ils rien fait ? »
ou bien, …et j’espère plutôt cela,…diront-ils :
« Comment ont-ils trouvé le courage moral de faire ce qu’ils ont fait ? ».

Je vous remercie.

 

 
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